TERMINÉ | Appel à contributions | Favoriser l'inclusion des jeunes de la diversité sous toutes ses formes en milieux de travail et scolaires

2022-02-15

Appel à contributions

Favoriser l’inclusion des jeunes de la diversité sous toutes ses formes en milieux de travail et scolaires

La Revue Jeunes et Société lance un appel à contributions pour un dossier sur le thème « Favoriser l’inclusion des jeunes de la diversité sous toutes ses formes en milieux de travail et scolaires », coordonné par Annie Vaillancourt, conseillère en développement de la recherche au Centre de recherche universitaire sur les jeunes et les familles (CRUJeF) du CIUSSS de la Capitale-Nationale et Aude Villatte, professeure titulaire au département de psychoéducation et de psychologie de l’Université du Québec en Outaouais (UQO).

Les intentions de contributions (3 000 signes maximum, espaces compris), incluant un titre préliminaire, une présentation du sujet (contexte et positionnement dans la littérature), son traitement (méthodologie) et les principaux résultats, doivent être adressées à rjs@inrs.ca au plus tard le 1er mai 2022. Les auteurs dont les propositions sont retenues seront avisés vers le 16 mai 2022. L’acceptation de l’intention ne présume pas de l’acceptation de l’article, lequel sera soumis à la procédure d’évaluation habituelle de la revue (évaluation par les pairs).

Les articles complets (en français, maximum 60 000 signes, espaces compris, références incluses, accompagné d’un résumé de 1500 signes, espaces compris) devront être soumis avant le 1er décembre 2022 en version électronique à rjs@inrs.ca.

Les auteurs sont invités à consulter la politique éditoriale de la revue et les directives aux auteurs pour la préparation des textes finaux. La revue n’accepte que les textes originaux et inédits qui ne sont pas en évaluation par une autre revue.

Pour obtenir des renseignements supplémentaires, contacter rjs@inrs.ca.

Présentation de la thématique

Les jeunes en transition à la vie adulte appartenant à un groupe minoritaire ont souvent plus d’embûches à surmonter au quotidien que les autres. En plus des défis associés à leur réalité particulière (par exemple pour certains adolescents issus de l’immigration : apprendre une nouvelle langue et culture), ces jeunes sont aussi confrontés à la stigmatisation (Goffman, 1963). Celle-ci peut prendre la forme de racisme, d’homophobie, de transphobie, de grossophobie, de capacitisme, etc. Les conséquences de ces réactions telles que l’exclusion, la discrimination, le harcèlement, l’intimidation et la cyberintimidation peuvent conduire à des scénarios dramatiques. Il a été démontré que les adolescents de la diversité sexuelle et de genre, par exemple, sont au moins trois fois plus à risque de suicide (idéations suicidaires, tentatives de suicide et suicides accomplis) que les autres jeunes de leur âge (Haas et Lane, 2015) et que ce risque augmente s’ils ont été victimes d’intimidation (Dorais, Mendo et Vaillancourt, 2014; Pugnière, 2013). L’autostigmatisation, par ailleurs, se produit lorsqu’une personne commence à croire les opinions négatives à son sujet et pense mériter les injures et injustices subies. Elle peut avoir des effets délétères sur l’estime de soi, l’adaptation sociale, la réussite scolaire et la santé mentale (Hatzenbuehler, Phelan et Link, 2013).

Une étude québécoise réalisée auprès de 259 jeunes de la diversité sexuelle et de genre de 14 à 21 ans a révélé que plus de la moitié d’entre eux ont été quelquefois ou souvent victimes d’intimidation en raison de leur orientation sexuelle présumée ou affirmée, la plupart du temps à l’école (Dorais, Mend0 et Vaillancourt, 2014). Plusieurs recherches ont démontré que de nombreux jeunes de la diversité sexuelle et de genre entretiennent un rapport tendu et complexe avec le milieu scolaire, associé à des expériences pénibles ayant porté atteinte à leur intégrité et mené à des difficultés ou des abandons scolaires (Boucher, Blais, Hébert, Gervais, Banville-Côté, Bédard et l'équipe de recherche PAJ., 2013; Peter, Taylor et Chamberland, 2013). En France, un jeune de la diversité sexuelle et de genre sur deux est victime de harcèlement à l’école (Richard et MAG Jeunes LGBT, 2019), contre un jeune sur dix de la population générale (Debarbieux, 2011). Au Québec, la violence homophobe affecte près de quatre élèves sur dix à l’école secondaire (le lycée en France), et ce, peu importe leur orientation sexuelle, réelle ou présumée (Chamberland, Émond, Bernier, Richard, Petit, Chevrier, Ryan, Otis et Julien, 2011). Des études indiquent même que les personnes de la diversité sexuelle et de genre sont plus susceptibles de subir de la violence à caractère sexuelle en milieu d’enseignement supérieur, comparativement aux autres étudiants (Paquette, Castonguay-Khounsombath, Bergeron, Martin-Storey, Labonté et Prévost., 2021).

Concernant le poids, une étude réalisée aux États-Unis portant sur les perceptions de 1555 adolescents a démontré que la majorité de ces jeunes ont vu certains de leurs pairs se « faire traiter de noms » (91%) ou « être ignorés, évités ou exclus de certaines activités sociales » (76%) en contexte scolaire en raison d’un surplus de poids. Des comportements qui provenaient parfois de parents d’élèves et de professeurs (Puhl, Luedicke et Heuer, 2011). Une récente étude québécoise réalisée auprès de 5 874 jeunes âgés de 18 à 29 ans révèle que 30% d’entre eux disent avoir subi ou subir encore de l’intimidation à l’école en raison de leur poids ou de leur apparence physique (Stamate, Aimé, Gagnon et Villatte, 2021). 

Les difficultés vécues par les jeunes de la diversité à l’école risquent de se poursuivre sur le marché du travail (Kiriakidis, 2011). Dans le cadre d’une recherche-action participative menée par, pour et avec des jeunes intitulée « Génération Inclusion » (Million, Belleus, Contente, Gouba, Guevara, Monjaraz, Michel, Moreau et Paradis Caron, 2021), des données quantitatives et qualitatives ont été recueillies sur les discriminations vécues en emploi par 108 jeunes provenant principalement de Montréal-Nord, Québec et Lotbinière. Bien que ces résultats ne puissent être généralisés, le rapport de ce projet met en lumière : 1) la persistance de stéréotypes sexuels, sexistes, racistes, xénophobes et grossophobes dans les milieux de travail au Québec et 2) la normalisation de propos et de comportements discriminatoires. Villatte et son équipe observent aussi que 15% des 5 874 jeunes québécois âgés de 18 à 29 ans interrogés en 2017 disent avoir subi ou subir encore de l’intimidation au travail en raison de leur poids, de leur origine ethnoculturelle, de leur orientation sexuelle ou pour toutes autres raisons (Villatte et al., non publié). Ces données restent toutefois préliminaires.

S’il est important de souligner le fait que l’appartenance à un groupe marginalisé, minoritaire ou « minorisé » peut avoir un effet sur la construction identitaire, la santé mentale, l’adaptation scolaire et le bien-être en général des jeunes en transition à la vie adulte (Villatte, Tardif-Grenier et Mathieu, 2019; Goulet et Villatte, 2019; Villatte et Aimé, 2020), il est aussi essentiel de connaître les facteurs susceptibles d’enrayer ces phénomènes d’exclusion, de discrimination, de harcèlement et d’intimidation, puis d’agir en conséquence. Dans « Pourquoi moi ? L'expérience des discriminations » (Dubet, Cousin, Macé et Rui, 2013), les auteurs analysent l'expérience des discriminations à partir du vécu de 187 personnes. Ils distinguent le fait d'être discriminable de celui d'être discriminé : Tout porteur de stigmate ou de différence est discriminable, mais tous ne sont pas discriminés tout le temps, partout, par tout le monde. Il existe des modérateurs de discrimination comme le capital social et culturel, la réussite scolaire, le talent artistique et sportif ou encore la beauté. Il existe aussi des dispositifs de lutte contre les discriminations et de valorisation de la parité et de la diversité qui peuvent transformer une différence, voire un stigmate, en une ressource ou une protection (Dubet et al., 2013, p. 57).

Que vivent donc les jeunes de la diversité sous toutes ses formes (ex. jeunes LGBTQ+, autochtones, immigrés ou réfugiés, en situation de handicap, etc.) de nos jours, non seulement à l’école, mais aussi lors de leurs premières expériences de travail ? Comment faire en sorte qu’ils ne soient pas discriminés dès le départ, au moment du processus d’embauche, et qu’ils s’épanouissent ouvertement sur le plan socioprofessionnel au même titre que les autres, sans craindre ou subir de l’exclusion, de la discrimination, du harcèlement, de l’intimidation, de la cyberintimidation ou même de la violence sexuelle ? Quelles sont les pratiques probantes pour favoriser l’inclusion des jeunes de la diversité sous toutes ses formes en milieux scolaires et de travail ? Comment parvenir à surmonter les obstacles relatifs aux inégalités socioéconomiques et aux barrières structurelles dans ces contextes ?

Ce dossier vise à partager les connaissances scientifiques, cliniques et expérientielles actuelles sur le vécu des jeunes de la diversité au sens large dans leur transition à la vie adulte en milieux scolaires et de travail, de même que les meilleures pratiques dans le domaine. L’objectif ultime étant de créer un mouvement de solidarité, de conscientisation et d’opportunités bénéfiques pour l’avenir de tous ces jeunes.

Bibliographie

Boucher, K., M. Blais, M. Hébert, J. Gervais, C. Banville-Côté, I. Bédard et l'équipe de recherche PAJ (2013). La victimisation homophobe et liée à la non-conformité de genre et l’adaptation scolaire et psychosociale chez les 14-22 ans : Résultats d’une enquête québécoise, Recherches & Éducations, 8, 83–98.

Chamberland, L., G. Émond, M. Bernier, G. Richard, M.-P. Petit, M. Chevrier, B. Ryan, J. Otis et D. Julien (2011). L’homophobie à l’école secondaire au Québec. Portrait de la situation, impacts et pistes de solution. Université du Québec à Montréal.

Debarbieux, E. (2011). À l’école des enfants heureux… Enfin presque. Ministère de l’éducation nationale, de la jeunesse et de la vie associative.

Dorais, M., M. Mendo et A. Vaillancourt (2014). De la honte à la fierté. Montréal : VLB Éditeur.

Dubet, F., O. Cousin, É. Macé et S. Rui (2013). Pourquoi moi ? L'expérience des discriminations. Paris : Éditions du Seuil.

Goffman, E. (1963). Stigma: Notes on the Management of Spoiled Identity. New Jersey: Prentice-Hall.

Goulet, M. et A. Villatte (2019). Understanding Risk and Resilience for Sexual Minority Emerging Adults: a Longitudinal Outlook on Minority Stress, Mental Health, and Academic Perseverance, Sexuality Research and Social Policy, 1-13.

Haas, A.P. et A. Lane. (2015). Collecting Sexual Orientation and Gender Identity Data in Suicide and Other Violent Deaths: A Step Towards Identifying and Addressing LGBT Mortality Disparities, LGBT Health, 2 (1), 84-87.

Hatzenbuehler, M.L., J. C. Phelan et B. G. Link (2013). Stigma as a Fundamental Cause of Population Health Inequalities, American Journal of Public Health, 103 (5), 813-821.

Kiriakidis, S. P. (2011). Bullying among youth: Issues, interventions and theory. Nova Science Publishers.

Million, F. (dir.), C. Belleus, T.-M. Contente, B. Gouba, C. Guevara, C. Monjaraz, N. Michel, R. Moreau et J. Paradis Caron (2021). Parce que mes compétences valent plus que mon apparence. Enquête sur les stéréotypes sexistes et racistes en emploi au Québec. Recherche-action participative menée par, pour et avec des jeunes de Montréal-Nord et de la MRC de Lotbinière. Oxfam-Québec.

Paquette, G., S. Castonguay-Khounsombath, M. Bergeron, A. Martin-Storey, A. Labonté et E. Prévost (2021). La violence sexuelle subie par les universitaires du Québec issus des minorités sexuelles et de genre et les pratiques de prévention et d’intervention. Université de Sherbrooke.

Peter, T., C. Taylor et L. Chamberland (2015). A Queer Day in Canada : Examining Canadian High School Students’ Experiences With School-Based Homophobia in Two Large-Scale Studies, Journal of Homosexuality, 62 (2), 186–206.

Pugniere, J. M. (2013). Suicide des jeunes et homophobie en France : présentation d’une enquête et d'actions de prévention, Service social, 59 (1), 17-34.

Puhl, R., J. Luedicke et C. Heuer (2011) Weight-Based Victimization Toward Overweight Adolescents: Observations and Reactions of Peers, The Journal of School Health, 81 (1), 696-703.

Richard, G. et MAG Jeunes LGBT (2019). Rapport thématique sur les jeunes LGBTI+ en France. MAG Jeunes LGBT et UNESCO.

Stamate, I. F., A. Aimé, C. Gagnon et A. Villatte (2021). Association between Weight-and Appearance-related Bullying in High School and Postsecondary Academic Adaptation in Young Adult, Journal of School Violence, 1-12.

Villatte, A. et A. Aimé (2020). Corrélats sociodémographiques, psychosociaux et scolaires d’un poids hors normes chez des étudiants du niveau postsecondaire en transition vers l’âge adulte, Revue canadienne des sciences du comportement, 52 (3), 244–254.

Villatte, A., K. Tardif-Grenier et V. Mathieu (2019). La détresse psychologique des jeunes adultes émergents issus de la diversité ethnoculturelle, Revue canadienne des sciences du comportement, 52 (2), 140-148.